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Comment une femme réagit-elle lorsqu'elle apprend qu'elle porte des jumeaux, vous demandez-vous? C'est simple: elle panique! Constatant les premiers symptômes d'une grossesse, je me suis présentée chez mon médecin. Celle-ci, après palpation de mon utérus, fut catégorique: soit je m'étais trompée dans les dates, soit... je portais des jumeaux. Après un petit rire qui résonna drôlement dans la salle, — non, c'était de la science-fiction — j'écoutai attentivement le son qui sortait de son stéthoscope électronique. On n'entendait qu'un seul coeur. Ouf! J'étais soulagée. Mais mon médecin ne sembla pas convaincu pour autant et me prescrivit une échographie pour la semaine suivante. Nous en aurions le coeur net! Je quittai son cabinet sans toucher le sol. Moi, des jumeaux?? Nan! Impossible! Arrivée à la maison, je me précipitai sur le calendrier, essayant de faire parler les chiffres. Je tournai et retournai les dates dans ma tête jusqu'à ce que le futur papa arrive avec le futur grand frère de huit ans. Tous les trois, nous eûmes une crise de fou rire aigüe... S'est succédée une longue suite de: "Non, c'est pas possible! Nous, avec deux bébés? NOOooon!" Une demi-heure plus tard, nous étions encore sous le choc. Déjà qu'il fallait survivre à la surprise de cette grossesse imprévue... Ce fut une très longue semaine. Je passai des heures à combattre mes doutes et mes nausées. Je jonglais constamment entre le Se pourrait-il que?... Non! et le Pourtant, il me semble bien que... Le lundi matin arriva enfin. Nous déboulâmes tous les trois, le papa, le grand frère et moi-même, fébriles et les yeux cernés, dans la salle d'échographie. Dès la première image, nous fûmes fixés. Deux petits êtres nageaient allègrement dans le liquide amniotique. La première réaction de mon fils fut de se mettre les deux mains sur le visage et de dire: "C'est pas vrai, je rêve!" À notre retour à la maison, les réactions des amis et de la famille allaient du plus profond ravissement au désespoir le plus noir; tout dépendait à qui nous annoncions la nouvelle. Ce fut une belle GROSSEsse car, bien entendu, arrivée au terme des neuf mois, j'étais devenue énOOOrme... Les dernières semaines furent pénibles car le jumeau - je portais un couple - se retourna deux fois dans mon abdomen qui n'en pouvait plus, et mes 5 pieds et 2 pouces me paraissaient plus petits que jamais. L'accouchement par césarienne se passa bien et on nous remit, à mon amoureux et à moi, chacun un bébé que nous nous sommes empressés de regarder sous toutes les coutures. Deux frimousses, 20 doigts, 20 orteils, 4 oreilles... Ouf! Le compte y était! Au retour de l'hôpital, les premières semaines à la maison se déroulèrent comme dans un rêve...un cauchemar, devrais-je dire! Le manque de sommeil chronique nous affectait à tel point que le papa et moi riions et pleurions pour un rien, et notre grand de huit ans nous regardait d'un drôle d'air, ne semblant pas reconnaître ses parents dans les êtres émotifs, irritables, au teint verdâtre que nous étions devenus. Avez-vous déjà camper dans votre chambre à coucher pendant un mois? Nous, si! Deux bébés à s'occuper, c'est comme avoir un bébé qui ne dormirait jamais... Et pas question de dire: "Tiens-moi le bébé, chéri" parce que chéri en a déjà un dans les bras, ni question de: "Cette nuit, c'est à ton tour de te lever" car tous les deux, nous étions debout en même temps pour faire la même chose: changer la couche, donner le biberon - ou le sein, taper le dos pour le rot, rendormir le tout, et se recoucher pour un petit deux heures de sommeil bien mérité... Les nuits... Quelles nuits? Les bébés se réveillaient, au début, en alternance. Aussi, les lumières de la chambre étaient presque constamment allumées. Les voisins, compatissants, voyaient nos ombres traverser les pièces à toute heure de la nuit tels des fantômes errants. Les deux bébés dormaient — un bien grand mot — dans un berceau placé à côté de notre lit, la chambre était jonchée de mouchoirs en papier et de biberons, et emplie de sons gargouillants et de bruissements de toute sorte. Dès que ceux-ci s'endormaient, nous tombions instantanément, mon amoureux et moi, dans un profond sommeil. Mais comme nous étions souvent éveillés ensemble, nous n'avons jamais autant parlé ni autant ri, tapotant chacun le dos de l'un des bébés. Une nuit, nous nous sommes pris d'un fou rire monstre lorsque le papa fit le rot à la place du bébé. La vie quotidienne s'écoulait au rythme des sacs de couches qui se vident, des biberons qui se lavent et d'eau qui bout. La cuisine semblait réquisitionnée par l'armée... Et que dire des horaires des biberons et du sein à donner. L'allaitement mixte, tâche somme toute facile si on se fiait aux livres qu'on nous avait prêtés, s'avérait, pour nous, un défi schwarzeneggien. À 1h52 du matin, le cerveau embrumé et le corps engourdi, il fallait avoir noté le détail des boires précédents pour se souvenir de qui avait bu quoi et quand. Au bout d'un mois de ce régime, nous avions l'air, mon amoureux et moi, de deux hallucinés qui ne savent plus quelle saison, ni quelle année on est, ni de quoi était faite la vie d'AVANT... Nous nous consolions en nous disant que ça aurait pu être pire: nous aurions pu avoir des jumeaux identiques ou... des triplés! Pendant ces premières semaines si intenses, le frère des jumeaux, du coup, devait se faire à souper, NOUS faire à souper et monter se coucher, seul... C'était beaucoup pour ce garçon devenu d'un coup petit homme. Malgré tout, il se plaît bien dans son nouveau rôle de grand frère et prend cela très au sérieux. Souvent, nous le surprenons en grande conversation avec les jumeaux, en train de leur expliquer la vie. Il s'est aussi découvert un talent de comique et passe de grands moments à les amuser. Quelquefois, le matin, un des deux bébés manque dans le berceau et nous le découvrons, kidnappé, dans le lit du grand. Voir grandir des jumeaux est toute une expérience... comique la plupart du temps. Nous nous souviendrons longtemps de la première fois où nos jumeaux se sont regardés, de la première conversation où chacun y allait de son dadada, le moment où ils ont échangé leurs suces et lorsque, d'un commun accord, il se sont pris la main lors d'une balade en poussette. Avoir des jumeaux, c'est du travail en double mais c'est aussi, en fait, doubler le plaisir d'être parent. Aujourd'hui, les bébés ont 10 mois et sont d'adorables petites mécaniques exploratoires en marche... L'intensité avec laquelle nous avons vécu les premiers mois se révèle maintenant à travers les liens que tout cela a tissé entre nous. Malgré quelques cheveux blancs et quelques rides en plus, nous ne changerions de place pour tout l'or du monde. Car l'or, nous l'avons là, entre nos bras... Source : Marie-France Bourbeau, Le Magazine Enfants Québec, rentrée 1996.
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