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Un jardin dans une cour d’école, ça sème l’esprit d’équipe! Isabelle Cuchet Juillet-août 2009 Pendant les vacances d’été, certains élèves de l’école Sainte-Cécile reviendront dans leur cour de récréation, mais pas pour y jouer! Ils s’y rendront en famille pour admirer les fleurs ou cueillir les légumes qu’ils auront plantés au printemps, comme l’a fait Annie, une élève de 1re année du primaire de cette école du quartier Villeray, à Montréal. «Ce que j’aime le plus, c’est toucher la terre: après, on est tout sales!», s’émerveille l’enfant. À partir de la mi-mars, avec ses amis Ibrahim, Valérie et Loc, elle a participé chaque semaine à un atelier de jardinage qui se déroulait à l’école. Les élèves ont semé leurs graines dans des pots et, à la fin du mois d’avril, ont transplanté les jeunes pousses dans un jardin aménagé à même la cour de récréation. Au long des vacances, les enfants pourront venir faire leurs récoltes en famille, ou bien passer le relais à des adultes bénévoles du quartier qui s’en chargeront à leur place en attendant la rentrée. Un outil pour l’estime de soi Les enfants de la classe d’Emmanuelle Morin font partie de quelque 150 jeunes qui bénéficient de tels ateliers, répartis dans les huit écoles du Réseau des jardins collectifs de Villeray coordonné par la Maison de quartier. Un animateur fournit les graines, la terre, les pots et les outils, en plus de son expertise. En échange, les écoles prêtent un lopin de terre, souvent conquis sur le bitume de la cour de récréation. Au fur et à mesure des ateliers, les enfants apprennent les bases du jardinage, les bienfaits d’une saine alimentation… et surtout les valeurs de solidarité, de partage, et la fierté de réussir quelque chose de concret. Le Réseau a amorcé son travail dans les écoles en 2002 grâce au financement de Centraide et de la Ville de Montréal. Et le quartier n’a pas été choisi par hasard. «Villeray accueille une population souvent défavorisée, dont les jeunes sont parfois en situation de souffrance sociale ou familiale, explique Magdouda Oudjit, la coordonatrice. Nos interventions sur un thème très concret, aux résultats visibles, visent surtout le développement de l’estime de soi. Je me souviens d’un enfant qui avait passé une partie de ses vacances d’été dans un camp de jour consacré au jardinage après avoir suivi nos ateliers à l’école. À la rentrée, il m’a raconté son immense fierté d’avoir été “l’expert” du camp de jour. Les ateliers en classe lui avaient donné une très belle confiance en lui.» Partage et solidarité Au moment de planter leurs graines de citrouilles et d’œillets, au printemps dernier, Annie et ses amis avaient seulement deux pots pour une équipe de quatre. Il fallait donc décider ensemble qui allait les remplir de terre, qui allait semer les graines, qui allait raconter au reste de la classe comment l’équipe avait procédé… un apprentissage de la démocratie pas toujours évident pour des enfants de 6 à 7 ans! «Loc, tu ne peux pas remplir à toi tout seul les deux pots», «Moi, je voudrais écrire le nom des graines sur les étiquettes», «D’accord, mais c’est Ibrahim qui fait l’exposé, alors…» Le projet est un véritable apprentissage du travail d’équipe. «C’est ce que j’apprécie le plus dans nos rencontres hebdomadaires, commente l’enseignante Emmanuelle Morin. Les enfants n’ont que très rarement l’occasion d’œuvrer ensemble, et pourtant cela est primordial pour leur développement social. Pour certains jeunes qui ont l’habitude de prendre toute la place, le partage des tâches peut être difficile, mais cela s’apprend.» Confiance en soi, partage, solidarité. Ces objectifs à l’honneur dans les ateliers de Magdouda Oudjit sont communs à tous les jardins issus du regroupement des jardins collectifs du Québec. «Depuis la fin des années 1990, ces jardins poussent comme des petits pains un peu partout dans la province», affirme Gilles-Charles Clermont, le président du regroupement. Souvent installés dans des milieux urbains ou semi-urbains, ils sont animés en majeure partie par des bénévoles et se destinent principalement aux familles et à leurs enfants, comme à Villeray. Mais certains sont aussi dédiés aux personnes âgées, aux personnes seules, ou encore à celles qui sont au chômage. «Leur expansion correspond d’abord à un besoin des personnes de milieux défavorisés de s’assurer une certaine sécurité alimentaire, poursuit-il. Mais tous ont aussi une mission sociale. Contrairement aux traditionnels jardins communautaires où chacun cultive sa petite parcelle et récolte les légumes qu’il a plantés, dans notre réseau tout le monde participe à l’œuvre collective, et tout le monde se partage la récolte.» À l’école Sainte-Cécile, l’activité se termine en général en octobre par un grand souper concocté avec les légumes du potager, auquel parents, enfants, bénévoles, animateurs et enseignants sont tous conviés. Et où l’on parle des légumes qu’on aimerait faire pousser au printemps suivant dans la cour de récréation!
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