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Noël est synonyme de magie et d’émerveillement, mais aussi de débordements de toutes sortes. Voici des pistes de réflexion et des conseils pour vous aider à mieux vivre la préparation des fêtes et à faire renaître la magie de Noël dans toute la maisonnée.
Notre société de consommation ne se fait jamais aussi insistante que durant le temps des fêtes. Tout est fait pour nous appâter et nous faire succomber, surtout si on a des enfants! Refuser d’entrer dans cette spirale lors de l’achat des cadeaux, c’est faire un geste éducatif qui aura des conséquences bénéfiques à court et à long terme. Pour que Noël ait un sens, il ne s’agit pas d’ensevelir notre petit trésor sous les paquets, mais de le gâter… autrement!
QUAND DÉCEMBRE ARRIVE…
1- Fabriquez un calendrier de l’avent Pour éviter que l’attente du temps des fêtes ne devienne interminable, on évite d’en parler juste après l’Halloween. La notion du temps n’étant pas encore bien intégrée chez les jeunes enfants, un calendrier de l’avent, qui débute le 1er décembre, permet de rythmer l’attente. Le plaisir d’attendre ajoute de la valeur à l’événement. «C’est bon pour l’enfant, la construction de cette attente, estime Frédérique Saint-Pierre, psychologue. Ça lui apprend que, dans la vie, on n’obtient pas tout, tout de suite.»
2- Décorez le sapin en famille On a hâte que de décorer le sapin en famille mais, dans le feu de l’action, il arrive que nos moussaillons se précipitent sur les boules fragiles, se bousculent pour grimper sur l’escabeau ou nous laissent tomber au bout d’un quart d’heure… L’important est de choisir le bon moment. Commencer à décorer l’arbre après une grosse journée n’est peut-être pas une bonne idée. Faites-le plutôt le week-end, après un bon repos et un déjeuner nourrissant, et partage les responsabilités pour éviter les disputes. Et lorsque le sapin brillera de mille feux, installez la crèche, mettez de la musique de Noël et prenez un verre de lait avec un biscuit!
3- Organisez une mini-chorale Si vous aimez chanter et que vous fredonnez les chants de Noël dès l’apparition des premiers flocons, pourquoi ne pas improviser une mini-chorale avec vos enfants devant le sapin? Vous pouvez vous y prendre un peu d’avance pour apprendre des chants de Noël. Évitez cependant les répétitions fastidieuses! Le plaisir et la spontanéité doivent rester de mise.
4- Créez une imagerie Quel plaisir de recevoir de belles cartes de Noël! Mais il suffit qu’un enfant passe en coup de vent pour qu’elle tombent. Pour éviter d'avoir à ramasser sans arrêt ces cartes qui finissent par s'empoussiérer, utilisez-les pour décorer une porte en les collant avec des gommettes. Au fil des jours et des cartes, vous verrez se transformer cette «imagerie de Noël».
5- Rêvez ensemble à voix haute L'enfant apprend à meubler l'attente en mettant à profit son imagination. Le délai entre un désir et sa réalisation est structurant et donne à l'enfant l'occasion de départager ses désirs importants de ceux qui ne le sont pas. Vous pouvez lui enseigner à cultiver ses désirs. Posez-lui des questions sur le jouet de son rêve. Comment le voit-il? Peut-il le dessiner? Découper une image qui le représente? Comment jouera-t-il avec lui? Réjouissez-vous avec lui à la perspective de retrouver ses cousins à la fête familiale. Ce faisant, l'enfant apprend à se donner en fantaisie ce qu'il n'a pas tout de suite et à avoir la certitude qu'il va être heureux. «On se situe aux antipodes de la consommation rapide, dans la beauté d'élargir le désir», déclare Francine Nadeau.
6- Planifiez des cadeaux personnalisés «La magie opère quand on a le sentiment d'avoir été deviné dans nos souhaits les plus secrets», estime Francine Nadeau. Pour mieux offrir, il ne s'agit donc pas d'avoir un portefeuille bien garni mais d'être attentif au désir profond de l'enfant. Comment? En écoutant ce désir, en le prenant au sérieux et surtout en ne le dévalorisant pas s'il ne correspond pas au nôtre. Acheter à Thomas, qui vient d'une famille de musiciens, une guitare alors que lui rêve de jouer au soccer, c'est raté d'avance. Essayez d’offrir des cadeaux personnalisés. Une paire d'échasses pour un enfant très actif, une valise pleine de «nouveaux» déguisements — chapeaux, foulards, etc. —, pour une fillette qui adore les jeux de rôle, un abonnement à un magazine pour un ado, un bon «pour une super journée de glissades en janvier avec les cousins», une inscription à un camp de cirque pour l’été prochain. Vous ferez des heureux.
7- Fixez vos limites avec le sourire! Quand les cadeaux sont pris pour acquis et qu'on a la désagréable impression que ça en prend toujours plus pour que notre enfant soit satisfait, on touche à l'overdose. «Une overdose, c'est une banalisation des limites, explique Dany Boudreau, chef du département de psychiatrie de l'Hôpital Le Gardeur . On fait parfois comme si on n'avait pas de limites, ce qui n'est pas bon pour nos jeunes.» Il faut chercher à faire plaisir, non à éblouir.
8- Respectez les traditions Pour conserver de la magie dans une société d'abondance, il faut garder des rituels qui ne seront accomplis qu'à Noël, comme la confection de biscuits en forme d'étoile ou de sapin. Ces traditions familiales aident l'enfant à construire sa sécurité et contribuent à créer des racines. Toutefois, il faut parfois adapter les traditions à notre monde moderne. «Nous avions toujours distribué les cadeaux à minuit, se rappelle Francine Ferland, auteure de Et si on jouait? Mais quand mes enfants ont eu leurs petits, ils préféraient ne pas les réveiller durant la nuit. Alors, plutôt qu'un réveillon, on organise un beau souper et les cadeaux sont offerts dans la soirée.» On peut aussi créer de nouvelles traditions. Chaque année, Francine Ferland fabrique avec ses petits-enfants une maison en pain d'épices. «Ils comptent les jours tellement ils attendent ce moment!»
9- Croyez au père Noël! Le père Noël enrichit le monde imaginaire de l'enfant. Mais les jeunes enfants apprécient rarement de se retrouver sur ses genoux. Il faut respecter l’enfant et attendre qu’il soit prêt. Par ailleurs, s’il est heureux de croire au père Noël, il est inutile de déboulonner ce mythe. «L'entretenir chez un enfant qui veut encore y croire n'est pas un mensonge. C’est le partage d'une rêverie collective qui trouve sa source au plus profond du cœur des parents», explique Francine Nadeau. Quand votre enfant vous demande s'il existe, renvoyez-lui la question : «Et toi, qu'en penses-tu?» S’il a un doute, c'est à lui de nous indiquer s'il a encore besoin d'y croire ou non. Une fois au primaire, l'enfant délaisse progressivement le monde de la magie pour s'intéresser à la réalité. Et, quand il est prêt à ne plus croire au père Noël, sa déception ne sera que passagère: il sera fier, désormais, de faire partie des grands, de ceux qui savent.
10- Soyez positifs! La venue de Noël doit être vécue dans la sécurité et non dans l'inquiétude, ni les menaces. Plutôt que de dire à votre enfant : «Cette année, on n'a pas beaucoup d'argent; ne t'attends pas à avoir beaucoup de cadeaux», on peut plutôt lui assurer qu'il recevra quelque chose qui lui fera vraiment plaisir. Par ailleurs, évitez le chantage: «Tu as intérêt à te montrer plus gentil avec ta sœur si tu veux que le père Noël se montre généreux!» Cela revient à détourner le sens profond de cette fête, qui est celui de la gratuité : à Noël, les gens qui nous aiment célèbrent le simple fait qu'on existe et cherchent à nous faire plaisir. C’est important d’apprendre l'espérance: cela nous soutient dans les moments difficiles.
QUAND LA FÊTE COMMENCE…
1- Suivez la grande tournée en famille Le 24 décembre, plusieurs postes de radio et de télévision annoncent aux nouvelles que le père Noël a quitté le pôle Nord. Au fil des heures, vous pouvez ainsi suivre le trajet du célèbre attelage… Ainsi, vous serez au cœur de l'action!
2- Faites briller ses yeux! «Si on y met un peu de magie, une fête simple peut devenir mémorable, remarque Francine Ferland. Il suffit d'aller chercher l'enfant dans son imaginaire et de partager avec lui des moments enchantés.» Pour créer la magie, le père Noël doit pouvoir rentrer chez vous et même laisser des traces de neige fondue à côté du sapin!
3- Levez les interdits Durant les fêtes, on mange souvent davantage et on consomme plus de sucreries. C’est le moment de laisser les plus jeunes avoir une boisson gazeuse comme leurs grands cousins. L'horaire aussi est chamboulé. Attendre minuit, quand on se couche d'habitude à 8 heures du soir, c'est tout un événement! Bref, on peut faire des choses interdites le reste de l'année sans se faire chicaner. Parents et enfants s'autorisent à transgresser ensemble les règles habituelles. Un plaisir bienfaisant parce que non culpabilisant.
4- Racontez-leur vos souvenirs Les enfants sont captivés par le récit des Noëls de leurs parents ou de leurs grands-parents. «Mes petits-enfants adorent m'entendre raconter que quand j'étais petite, ma grand-mère réunissait toute la famille pour Noël, raconte Francine Ferland. Une année, une terrible tempête de neige avait bloqué les chemins. Allait-on rater le réveillon? Non! Nous nous sommes rendus à la fête en snowmobile, un engin ressemblant à une petite camionnette à chenilles que mon père avait réussi à louer pour la veillée. Je cherche à transmettre des racines à mes petits-enfants et ils en redemandent.»
5- Prenez le temps de paresser Autrefois, alors qu'on mangeait pauvre le reste de l'année, Noël était synonyme d'abondance sur la table. Aujourd'hui, si on mange copieusement, on manque par contre de temps. Gâtez-vous en changeant de rythme. «À Noël, il y a une intimité intéressante à partager, estime Dany Boudreau. On ne se presse pas. On prend le temps de déjeuner, de se raconter des histoires (et pas seulement le soir!), de cuisiner ensemble, de partager des activités, des cadeaux, de la tendresse et des caresses. On évite de remplir tout l'horaire comme, en tant que parents efficaces, on a trop souvent tendance à le faire le reste de l'année. Nos journées sont consacrées à passer du temps ensemble. On ne sait pas nécessairement ce qu'on va faire et on ne consulte pas sa montre. On retombe un peu en enfance dans le sens où on s'amuse!»
6- Soyez spontanés Toute l'année, on enseigne des habiletés sociales à notre enfant. Mais à Noël, place à la spontanéité! Un enfant de moins de 3 ans apprend davantage en nous imitant que si nous le forçons à dire: «Merci, papi. Tu es très gentil!» Quant à nous, nous pouvons remercier notre père et lui dire: «As-tu vu ton petit-fils? Il n'a pas perdu de temps pour commencer à construire sa fusée!» N'est-ce pas, quand on y pense, la plus belle des récompenses? Et si, à l'âge scolaire, notre enfant oublie encore de dire merci, on lui suggère discrètement: «As-tu pensé à remercier ton grand-père?»
7- Laissez-les s’exprimer Quand un enfant est déçu par son cadeau, on peut ressentir de la tristesse et parfois de la colère. Évitez de dire : «Je l'ai payé cher, ce cadeau!» «C'est important que l'enfant puisse dire aux gens qui l'aiment profondément ce qui lui fait plaisir et ce qui ne lui fait pas vraiment plaisir, déclare Francine Nadeau, psychologue. Il est vrai, quand il dit être déçu. Laissons-le s'exprimer et, si on en est capable, réconfortons-le.» Il se peut alors qu'il s'intéresse au jouet qu'il a reçu. «Le plus délicat, c'est la visite, poursuit Francine Nadeau. N'obligez cependant pas le jeune enfant à faire semblant.» C'est à vous de remercier Tante Odile et de lui dire : «On sait bien que tu as voulu faire pour le mieux mais, que veux-tu, David a des intérêts très personnels.» La déception de l'enfant nous permet parfois de nous réajuster et de chercher, la prochaine fois, à vraiment faire plaisir plutôt que de se contenter, soi, en offrant par exemple un cadeau éducatif.
8- Surprenez les ados! Quant votre ado dit qu’il aimerait avoir de l'argent pour Noël, il signifie par là qu'il est devenu une personne tellement différente de vous que vous ne pouvez plus arriver à le combler. Ne soyez pas déçu! Cependant, si l'adolescent est un grand qui prend de la distance et désire s'octroyer le pouvoir de choisir lui-même ce qui lui fait plaisir, il garde encore aussi, bien souvent, un côté de l'enfant qui voudrait se faire deviner et recevoir une belle surprise. Il risque donc de ressentir une certaine déception si vous respectez sa demande à la lettre. À côté de l'enveloppe contenant un billet, une ou deux gâteries ajouteront un peu de magie.
9- Joyeux Noël! Pour un enfant, le premier cadeau consiste en la présence d'un parent bienveillant qui a du plaisir à être avec lui. Inutile de prêter trop l'attention à l'aspect matériel de la fête alors que c’est l'atmosphère qui est importante. Conseil aux parents fatigués : plutôt que d'être à la course pour magasiner un cadeau de plus, autant se détendre pour être de bonne humeur le jour J!
Un grand merci aux professionnels qui ont collaboré à la conception de ce texte : Dany Boudreau, Francine Ferland, Francine Nadeau et Frédérique Saint-Pierre.
par Sylvie Louis, journaliste |