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Cessons de culpabiliser!
Selon le psychoéducateur et orthopédagogue québécois Germain Duclos, auteur du livre L’estime de soi des parents, nous devons cesser de culpabiliser… pour le bien de nos enfants !
François Couture,
Magazine Enfants Québec, novembre 2010
ENFANTS QUÉBEC : pourquoi l’estime de soi est-elle si importante pour un être humain ? GERMAIN DUCLOS : L’estime de soi, c’est la conscience de sa propre valeur en tant que personne. C’est le contenu des pensées que nous nourrissons envers nous-mêmes. Elle suppose une juste perception de nos difficultés et de nos limites. Chez l’enfant, elle constitue un facteur essentiel de prévention des diffi cultés d’adaptation et d’apprentissage. Chez l’adulte, elle préviendra des dépressions et des maladies mentales. En d’autres termes, l’estime de soi est un réservoir conscient de forces et de capacités qui permettent à tout être humain de relever les nombreux défi s que lui impose la vie.
Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à l’estime de soi des parents ? Ce sont les enfants qui m’y ont amené, inévitablement ! Dans mes rapports d’évaluation, j’écrivais souvent : « manque d’estime de soi », « sentiment d’échec », etc. En rencontrant les parents des jeunes qui étaient aux prises avec ces difficultés, je me suis rendu compte que beaucoup culpabilisaient, se faisaient des reproches. Certains disaient même qu’ils n’auraient jamais dû être parents !
Dans votre livre, vous relevez que seulement 18 % des parents trouvent qu’ils assument adéquatement leur rôle d’éducateurs. C’est bien peu ! En effet. Cela dit, le sentiment de compétence et la compétence réelle, ce sont deux choses différentes : on peut se sentir incompétent et faire néanmoins du très bon travail comme parent. C’est pourquoi l’une de mes premières démarches avec les parents qui me consultent est de les confirmer dans leurs compétences parentales. Je leur dis : « Est-ce que vos enfants sont bien nourris ? Sont-ils propres ? Sont-ils aimés ? Oui ? Alors pourquoi avez-vous l’impression de mal faire votre devoir ? » Certains parents ne sont tout simplement pas conscients de leur valeur.
Pourquoi ce sentiment d’incompétence, s’il ne provient pas de la réalité de nos faits et gestes quotidiens ? Beaucoup de parents — des mères, surtout — ont une conception idéalisée de leur rôle. Parfois, ce sont leurs propres parents qu’ils idéalisent. On a souvent la nostalgie du temps où les mères attendaient leurs enfants après l’école avec un verre de lait et des biscuits, mais on oublie que beaucoup de ces mamans connaissaient elles aussi de grandes difficultés !
Trouvez-vous que le sentiment d’incompétence parentale est plus exacerbé qu’il y a vingt ou trente ans ? En effet, de plus en plus de parents se sentent dépassés et inefficaces face à leur rôle. La grosse différence avec autrefois est le manque de temps. Les parents sont bousculés, ils rentrent à 18 h à la maison après une journée de travail éreintante, après avoir pesté contre le trafic… Il y a les repas à préparer, les leçons à superviser, les bains à donner et, ensuite, c’est : « Va te coucher ! » Les week-ends, ce n’est pas mieux, il y a les courses, les visites, la lessive, etc. Au coeur de cet horaire surchargé, l’enfant a souvent l’impression de déranger ses parents. Ces derniers trouvent de plus en plus difficile de relever ce grand défi : réaliser leurs ambitions personnelles et en même temps instaurer des conditions favorables à l’éducation de leur progéniture.
Comment être un bon parent ? Il faut d’abord comprendre qu’on fournit une excellente base d’estime de soi aux enfants en les aimant, tout simplement. Quand un enfant a reçu de l’amour, qu’il est convaincu d’avoir été aimé dans sa famille, il a la preuve irréfutable qu’il est aimable et qu’il pourra être ensuite aimé par d’autres personnes. Autrement dit, le noyau, c’est l’attachement inconditionnel qui fait que des parents aiment leurs enfants indépendamment de leurs performances, de leurs qualités, etc. C’est la plus belle richesse à leur donner. L’attachement établit des liens indélébiles et souverains entre le parent et l’enfant, et incite également celui-ci à mieux accepter les demandes parentales.
Est-ce suffisant ? Non, il faut aussi inculquer une bonne discipline aux enfants ! Aucun parent n’aime faire de la discipline, mais cette dernière comble un besoin chez l’enfant et lui procure un sentiment de sécurité en plus de réduire son anxiété. Éduquer, donc, c’est non seulement satisfaire des nécessités comme un développement réussi, l’amour, la mise en place de limites, la stimulation… mais aussi inculquer des valeurs à travers le bon exemple et les règles de conduite. C’est dans sa famille qu’un enfant réalise ses premiers apprentissages. C’est grâce au soutien de ses parents qu’il parvient à dépasser son égocentrisme et à tenir compte des autres. Il apprend ainsi à communiquer, à s’affirmer, à aimer.
Vous conseillez aux parents de ne pas se juger trop sévèrement afin de ne pas développer de culpabilité, un sentiment que vous jugez très malsain dans l’éducation des enfants. La culpabilité représente, dans la sphère psychologique, ce qu’est le cancer pour le corps. Elle fait des ravages : comme une cellule cancéreuse, elle détruit de la substance saine. Aimez vos enfants, accordez-leur du temps de qualité, soyez cohérents dans votre discipline, et vous serez des parents tout à fait acceptables. Battre ses enfants, les négliger, les maltraiter verbalement, les priver d’amour et ne leur imposer aucune limite : voilà en gros ce qu’un parent ne doit pas faire. S’il évite cela, il est pleinement en droit de se sentir compétent !
Pour en savoir plus : L’estime de soi des parents, par Germain Duclos (Éditions du CHU Sainte-Justine, 2010)
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