Bannière
Enfants Quebec
Recherche avancée

    ABONNEZ-VOUS!

 

     mai-juin 2013

     S O M M A I R E

      

 

Nouvelle maman      

 

Calendrier de grossesse 

Grossesse,accouchement

 et premiers mois           

 

En famille                  

 

Qu'est-ce qu'on fait?       

Qu'est-ce qu'on mange?  

Qu'est-ce qu'on fête?      

 

En couple                   

 

Qu'en dit le psy?             

 

 

 

 Nos chroniqueurs

 

 Nos spécialistes  

 

  NOS PARTENAIRES

 

 Editions Enfants Quebec

_____________________

 

accueil arrow Vie de famille arrow Loisirs et culture arrow Lettre à mon petit roux

Lettre à mon petit roux

Avoir un enfant, ça ne change pas le monde, mais…

 

Écrivaine et scénariste, l’auteure de Borderline a fait le grand saut il y a deux ans. Pour son plus grand bonheur, son p’tit roux s’est avéré une source d’inspiration intarissable.

 

 

Marie-sissi labrèche     

Magazine Enfants Québec

Novembre 2011

  

Ce matin, pour la première fois, tu t’es levé seul et tu t’es tenu en équilibre à la manière d’un surfeur sur une grosse vague. Puis tu nous as regardés, ton père et moi, en souriant de tes huit dents. Nous, étonnés et bouleversés, nous nous sommes empressés de t’applaudir, en nous exclamant : « Bravo Charlie ! Bravo ! » Fier, tu as encore plus souri. Et ton sourire, mon petit champignon de la forêt boréale, c’est vraiment quelque chose de magique. C’est comme une explosion de bonheur avec des feux d’artifice de toutes les couleurs. Y a rien de plus beau. Ça illumine toutes nos journées. Un sourire de toi et, ça y est, on carbure au bonheur. Oh boy ! Je ne pensais jamais en arriver à écrire des phrases aussi « quétaines ». Je te jure, mon beau petit roux en Pampers, que tu lui as joué tout un tour, à l’écrivaine trash.      

 

Oui, mon pic-bois en chocolat, ça fait 14 mois déjà que tu es né et que tu as transformé complètement ma vie. Tu as tout embelli, même si je ne sais plus ce qu’est avoir du temps pour moi, toutes mes pensées vont toujours vers toi. Même si je ne sais plus ce qu’est une véritable nuit de sommeil parce que, chaque nuit, tu te fais entendre pour cause de suce perdue dans ta doudou ou parce que tu as besoin d’être tapoté, à 3 h, 4 h, 5 h du matin. Même si je ne sais plus ce qu’est une soirée de couple — soit, comme une grande majorité de parents, nous nous endormons devant CSI, soit nous parlons de toi : « Comment ça a été la garderie ? Très bien. Il a mangé de la soupe aux carottes et du poisson, il a fait deux cacas et un gros dodo. Et il paraît qu’en arrivant au parc, il a applaudi. Il est trop mimi ! Trop ci ! Trop ça ! »… Comme tu vois, mon minou sans moustache, il n’y a plus rien d’autre qui compte que ta petite personne. Tu es notre petit nombril du monde. Non seulement tu as tout chambardé dans la maison (mon bureau est devenu ta chambre, et il faut un camion du Clan Panneton pour déménager tes jouets qui ont pris d’assaut le salon), dans mes habitudes (fini la lecture jusqu’à plus d’heure), avec ton père (tu termines toujours tes nuits en trait d’union entre nous) et avec les amis (on prend l’apéro assis par terre en faisant les clowns pour toi), mais tu es allé jouer jusque dans mon écriture, dans ce qu’il y a de plus profond en moi.      

 

Il m’est impossible maintenant de mettre en scène des alter ego « déprimistes », autodestructeurs ou suicidaires. Ces filles que je connaissais si bien de l’intérieur me sont moins accessibles aujourd’hui parce que je ne suis plus comme elles. Et c’est à cause de toi ! Oui, oui, mon petit sucre d’orge en or, tu ne sais pas encore jusqu’à quel point tu m’as transformée.      

 

Quand tu n’étais qu’une petite crevette en moi, tu as entrepris un long travail de réfection sur ta maman. Alors que je suis chochotte, pour toi j’ai appris à supporter divers bobos plus ou moins atroces. De plus, tu as fait mentir les prédictions des médecins qui avaient craint un super méchant post-partum avec psychose à la clé pour ta mère facilement dépressive. Rien de tel ne s’est produit. Au contraire. Mes hormones se sont modifiées. Je suis passée de la fille abonnée aux déprimés anonymes et connus, à la femme à l’humeur aussi stable qu’un comptable agréé. Qui l’aurait cru ? La grossesse fut pour moi le meilleur antidépresseur qui pouvait être.      

 

En fait, côté écriture, je n’ai qu’une envie : parler de toi, écrire sur toi. Tout, tout, tout noter afin de me rappeler tout ce que tu es, tout ce que tu deviens, toutes tes prouesses, tes progrès, ne rien oublier. Un album photo de mots. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai commencé à rédiger, alors que je venais d’apprendre que je t’attendais, un roman sur toi. Oui, ma petite portion de chocolat blanc, au début, je me disais que j’allais commettre un roman dans lequel je m’attaquerais aux non-dits de la grossesse et de la maternité, et dire haut tout ce que toutes les femmes clament tout bas. Non pas à la manière de ces « mères indignes » qui sont somme toute assez drolatiques. Non, moi, je voulais révéler le fait qu’on peut détester être enceinte, révéler combien cette période peut être stressante pour le corps et l’âme. Combien ça peut être difficile, juste de trouver un obstétricien pour nous suivre durant quelques mois — j’ai quand même été refusée à quatre endroits (complets) avant de trouver un hôpital qui pouvait m’accueillir. En passant, mon coeur que je ne veux jamais voir brisé, ne me demande pas qui t’a fait naître, je n’ai jamais vu ce médecin. Oui, petit lama doré, je voulais me pencher làdessus. Puis finalement, ce roman est devenu quelque chose d’autre… C’est devenu un roman pour toi, dans lequel je te raconte ce qui se passe de l’autre côté du placenta où tu te berçais à ce moment-là. Un roman dans lequel je te présente qui je suis, qui est ton père, ce que sont le monde, la vie. Je te raconte tout, tout, tout, je te dis même que je ne voulais pas d’enfant — je dis bien « d’enfant », non que je ne te voulais pas toi.      

 

J’ai attendu quand même 40 ans avant de faire ta connaissance. Avant, j’avais peur que le métier d’écrivaine et celui de maman ne soient pas compatibles, même s’il y a Nancy Huston qui s’acharne à prouver le contraire. Mais quand je suis allée voir mon médecin de famille parce que j’avais quelques problèmes féminins et qu’elle m’a dit que c’était peut-être le début de ma préménopause (à 39 ans !), le gong de mon horloge biologique s’est fait entendre jusqu’à Boston. Je n’ai pas pu résister. J’ai eu peur de passer à côté de quelque chose de gros. J’ai pensé à Marguerite Duras aussi, qui a dit qu’elle était tombée enceinte parce qu’elle voulait connaître cette expérience. Et moi, je voulais savoir ce que c’était que les petits bras de mon bébé autour de mon cou et qu’on m’appelle maman. J’ai su alors que je te voulais. Ni une ni deux, j’ai dit à ton père : « C’est “tu-suite”. » Et ça a été « tu-suite ». Une chance ! Parce que peut-être le mois suivant, je n’aurais plus voulu, j’aurais eu la frousse. Parce que ta mère peut être chicken par moments, mon gros bébé poutpout !      

 

Et cette décision de t’avoir, je ne la regrette pas du tout, même si je suis cernée comme un raton laveur et que Jean Coutu fait une fortune avec ses produits « camouflants », même s’il m’est impossible de marcher la nuit sans mettre le pied sur un de ces maudits petits jouets perfides qui entrent dans mes talons comme dans du beurre et qui me cassent les oreilles avec cette voix aiguë programmée sur le mode joie : « Avec ma très jolie toupie, la la la », même si je souffre d’un tenniselbow — plutôt d’un « bébé-elbow » à force de te prendre. Comment te résister quand tu me tends tes deux bras comme un athlète olympique qui vient de réussir la figure du siècle à la barre ? Je ne regrette rien, mon petit champion. Je nage dans le bonheur. Tu as fait de moi quelqu’un de complet, comme si avant il me manquait toujours un petit quelque chose. Un petit chaînon manquant, et je l’ai trouvé : c’est toi mon petit roux. Tu es mon petit roux de secours.      

 

Il est l’heure. Je m’en vais te chercher à la garderie, et ça, j’adore. Quand j’arrive, je regarde par la fenêtre et je te vois parmi les autres poupons. Tu joues avec des blocs, ou tu t’affaires à faire ton « réno-bébé » en déplaçant les meubles. Je t’appelle : « Charlie ! Charlie ! » Tu regardes partout autour de toi et même au plafond comme si j’étais la voix de Dieu, et quand enfin tu me vois par la fenêtre, tu souris de tes huit dents et tu fonces à ma rencontre comme un petit turbo à quatre pattes.

 

 

Enfants Québec

Faites également la
promotion de votre page
!

-------------------- 

 

 

Découvrez maintenant l'album lauréat 2012!

 

 

Bannière