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Des mots pour le dire

« Maman, je veux me tuer. » Cette phrase est sortie de la bouche de mon fils, qui n’avait que 8 ans, un soir d’hiver, alors que j’étais en train de lui souhaiter une bonne nuit dans son lit. On peut se douter que le choc a été puissant. Mon garçon m’avait semblé pourtant « normal » ce jour-là, je n’avais pas perçu spécialement de stress dans l’ambiance de la maison. Quand il m’a dit ça, j’ai d’abord eu besoin de respirer un grand, grand, grand, coup. Je ne sais plus exactement ce que je lui ai répondu, je crois que j’ai surtout voulu paraître sereine et gagner du temps. Dans ma tête, par contre, très loin des paroles rassurantes que j’essayais de formuler, tout s’est mis à tourner très vite.    

 

J’ai demandé à mon fils pourquoi il pensait au suicide. Il m’a répondu qu’il était dépassé par les tonnes de devoirs et de leçons qu’il devait faire tous les soirs en rentrant de l’école. Il avait l’impression d’être une bête de somme qu’on chargeait toujours plus de travail. Même si je voyais bien qu’il avait du mal à suivre le rythme, je n’avais pas réalisé à quel point c’était trop pour lui.    

 

Sa petite phrase aux grands mots a fait passer le message. Dès le lendemain, on a décidé d’arrêter de se prendre la tête pour les devoirs et les leçons. Il y a eu des plages horaires instaurées pour le travail scolaire, non élastiques. Et dorénavant, à 18 h, on allumait la Wii (le loisir préféré des enfants à l’époque), devoirs finis ou non. Séances de jeux vidéo obligatoires !    

 

Je ne saurai sans doute jamais jusqu’à quel point ce qu’a dit mon fils ce soir-là était « sérieux ». Quelques jours après l’instauration des nouvelles règles maison, je lui ai demandé si ça allait mieux. Il m’a répondu oui avec un grand sourire.     Même si, sur le coup, j’ai évidemment beaucoup culpabilisé de l’avoir laissé aller si loin sans me rendre compte de son désarroi, si j’ai eu honte d’avoir poussé mon fils à faire ses devoirs et ses leçons comme si c’était plus important que son équilibre mental, j’ai aussi ressenti du soulagement qu’il m’ait parlé, et de l’avoir entendu.    

 

Le neuropsychiatre français Boris Cyrulnik vient de publier un livre sur le suicide chez les enfants. Dans notre reportage (page 64), il se dit inquiet pour ces jeunes qui, tout en n’ayant pas encore une pleine conscience de ce qu’est la mort, y songent pour eux-mêmes. Au Québec, la réalité semble moins dramatique qu’en France. Reste qu’ici non plus, le suicide n’est pas qu’une affaire de grands, et qu’ici aussi, trop d’enfants se disent prêts à mourir pour en finir avec un problème auquel ils ne voient pas de solution. La semaine de la prévention du suicide se déroule du 5 au 11 février. Depuis ce fameux soir d’hiver, j’ai compris que même les enfants étaient concernés !    

 

Isabelle Cuchet, rédactrice en chef

Magazine Enfants Québec, février-mars 2012

 

 

 

 

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